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 » Mesdames, Messieurs,

Nous sommes nombreux chaque année à nous réunir ici pour commémorer la mémoire des victimes de l’esclavage. Nous ne pouvons que nous en réjouir.

Cela démontre bien combien au fil du temps, les citoyens ont pris conscience collectivement, non seulement de la nécessité de cette journée mais également d’une partie de notre Histoire qui pendant très longtemps est restée sous silence.

Pourtant le chemin est encore long et nous devons poursuivre inlassablement, l’enseignement de cette partie non seulement de l’Histoire de France, mais plus globalement de celle de l’Humanité.

Cette humanité, si souvent déshumanisée, qui parfois dans sa folie, s’attelle à organiser la souffrance et l’horreur.
La traite, ce système de marchandisation des femmes , des hommes et des enfants est inqualifiable tant le mal qu’elle a fait, et qu’elle fait encore, j’y reviendrai, reste présent.

Pendant des siècles, les européens, mais pas seulement, pétris par leur méconnaissance profonde des autres peuples, n’ont eu de cesse de se placer au dessus de tous. Persuadé d’être supérieurs, ils se sont avilis, et n’ont eu de cesse de rabaisser, exploiter, blesser, détruire, ceux qui ailleurs, ne leur ressemblaient pas.

Plutôt que de tendre la main à leurs frères ou à leurs sœurs d’Afrique, d’Asie, du Pacifique ou d’Amérique, il se sont entêtés et employés à, non pas seulement les déconsidérer, mais à les humilier et à les utiliser comme on utilise du bétail.

Cette folie, ce refus de la différence est responsable de la mort de dizaines de millions de personnes.
Des disparus à qui nous rendons hommage aujourd’hui. Cette perte immense, cette destruction, reste une blessure douloureuse.

Cette Histoire au combien tragique, nous devons nous en souvenir, l’enseigner et la garder en mémoire. Cette mémoire, ce sont les familles des victimes et les associations qui ont été les première à la défendre et à la préserver. Sans elles il ne fait que peu de doute que cette mémoire aurait été enfouie encore longtemps.

Aimé Césaire disait : « Pour nous le choix est fait. Nous sommes de ceux qui refusent d’oublier. Nous sommes de ceux qui refusent l’amnésie même comme méthode. Il ne s’agit ni d’intégrisme, ni de fondamentalisme, encore moins de puéril nombrilisme ».

Oublier c’est nier, se souvenir c’est assumer.

Aujourd’hui des milliers de documents d’archives sont accessibles certes, mais ils ne représentent qu’une infime partie de ce qui existe. Que ce soit en France ou ailleurs. Du Danemark à l’Angola ce sont des pans entiers de cette tragédie qui restent encore ensevelis sous des montagnes de poussières ou entreposés dans des tiroirs que nul n’a pu explorer jusqu’à maintenant. Il est très important que nous puissions connaitre toutes les faces de cette Histoire.
L’exemple du Voeu de Champagney est parlant. Qui savait avant 1971 que les habitants de cette petite commune avaient demandé dès 1789, dans un cahier de doléances, l’abolition de l’esclavage ? Il en est de même pour la ville de Toulon sur Arroux. Malheureusement ces demandes sont restées lettre morte et les traites se sont poursuivies dans une indifférence générale.

Combien de descendants d’esclaves ignorent le destin de leurs ancêtres, si ce n’est qu’ils ont subi une terrible mise à l’épreuve poussée par une doctrine raciste qui voyait en l’autre un être inégal ?
Toutes les archives où qu’elles soient doivent pouvoir être accessibles, qu’elles soient dans le domaine public ou privé.

Je voudrai aussi vous parler d’un sujet dont on parle encore beaucoup trop peu lorsque l’on évoque l’esclavage, les femmes.

Elles qui subissaient, en plus des travaux forcés, des violences innombrables. Discriminées en raison de leur couleur de peau, exploitées sexuellement, dont les enfants étaient très souvent vendus.

Inlassablement, pourtant, avec une dignité exemplaire, elles se sont battues pour leurs droits et pour que l’abolition puisse un jour devenir réalité. Elles ont contribué à transmettre à leurs descendants, la culture , l’amour et la fierté de leur pays d’origine. Culture que beaucoup ont pourtant tenté de leur faire abandonner. Mais elles sont restées là, debout, courageuses et déterminées face à leurs bourreaux.

Si dans notre pays l’esclavage est désormais dans les livres d’Histoire, il a malheureusement encore court dans bien des endroits.

Certains parlent d’ « esclavage moderne ». Pourquoi parler d’esclavage moderne ? Ajouter l’adjectif moderne revient à atténuer l’extrême gravité des actes. Il s’agit purement et simplement d’esclavage, de traite d’êtres humains. A travers le monde, on estime que plus de 250 millions de personnes en sont victime. Ce sont majoritairement les enfants qui sont les premiers à subir ce terrifiant état de fait.

Cette situation démontre bien, s’il le fallait encore, que la lutte contre toutes les formes d’esclavage reste plus que jamais d’actualité.

Plus de 250 ans après le début du mouvement abolitionniste, le combat n’est pas malheureusement pas terminé. »

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